Ghanbari Davood

Davood a toujours été inspiré par le trait du dessin. Tout jeune déjà, il s’amusait à dessiner à la craie ou au charbon sur les murs des maisons l’ombre des arbres. La luminosité du soleil à travers la structure des branches l’a toujours fasciné. Plus tard, il rencontre un architecte qui lui révèle l’élégance des lignes. Il dessinera ainsi des plans de villas. Puis, se mêle dans sa recherche esthétique, les formes pures et libres de la calligraphie. Davood est un peintre de l’âme. Il passe en 1976 par Florence avant de s’installer à Paris. Mais c’est là qu’il découvre, au Louvre, à côté des grands maîtres de la Renaissance, la miniature persane : « Le monde a perdu ses repères. Mais une chose demeure, humainement : la peinture. Elle est le repère de l’histoire. Et de l’âme ». Il s’inscrit alors aux Beaux-Arts où il découvre la lithographie, la mosaïque, le dessin de nu. Il travaille aussi le modelage grâce auquel il imagine de longues tours minimalistes dont les moucharabiehs laissent filtrer une source lumineuse installée à l’intérieur de la forme.

Peintre de l’ombre et de la lumière, Davood s’inspire aussi bien des bas-reliefs antiques de la cité de Persépolis, des formes des frises que de la calligraphie avec laquelle il crée d’étonnants réseaux d’entrelacs et de lettres. Il explique ainsi que « chez les Perses, images et textes fonctionnent toujours ensemble ». Ici et là, entre les lignes, un oiseau, un escargot, une balance, une fontaine, un être mythologique ou un astre prestement esquissé distillent une respiration, poétique, et universelle. « Chaque image raconte en fait la sensation d’une journée, du début à la fin. Ce pourquoi, dans chacune, on peut voir un soleil et une lune. Ce sont des histoires instantanées, que je me racontais ».

Peintre de la couleur et de la lumière, il utilise aussi les espaces géométrisants, cloisonnés mais fleuris toutefois, auxquels il offre une profondeur telle que des effets brumeux s’installent. Puis ce sont des lueurs colorées qui surgissent, des vibrations troublantes, des figures qui apparaissent… Il utilise aussi les papiers collés, enchanteurs, puis des effets de coulure, de taches, d’éclaboussures colorées, et les rehauts, dessinés au fusain figurant des motifs végétaux, en constituent les motifs essentiels. Aujourd’hui, plus que jamais, Davood poursuite sa route, résolument indépendant. Insensible aux injonctions occidentales de l’art contemporain officiel, son objectif demeure l’incarnation du paradis – ce mot nous vient de la langue perse – jamais vraiment perdu, en dépit des avions de chasse qui passent au-dessus des hommes ; un paradis maintenu vif au cœur des poètes, dont font partie certains peintres.

« L’ensemble de mon travail, c’est mille et une nuits », dit Davood en contemplant ses trente dernières années de peinture.

Les propos de l’artiste ont été recueillis dans son atelier, à Bois-Colombes, en avril 2012.

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